YOGA  TAICHI 91

Enseignement Traditionnel Taichi chuan - Qigong - Yoga - Méditation

Entretenir son patrimoine physique ,intellectuel et spirituel

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YOGA TAICHI 91

Christian RASOTTO

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Bouddhisme : la vacuité

Śūnyatā, terme sanskrit, en devanāgarī शून्यता ; en pali suññata, en chinois kōng 空, désigne dans le bouddhisme la vacuité ou l'ainsité (tathatā) des êtres et des choses, leur absence d'être en soi, autrement dit l'inexistence de toute essence, de tout caractère fixe et inchangeant.

Elle s'applique aux choses aussi bien qu'aux pensées et aux états d'esprits.

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La vacuité est un terme qui peut être mal interprété. Ainsi, Ringou Tulkou Rimpotché en parle en ces termes :

Selon le bouddhisme, tout est en essence vacuité (śūnyatā), tant le samsâra que le nirvâna. Śūnyatā ne signifie pas « vide ». C'est un mot très difficile à comprendre et à définir. C'est avec réserve que je le traduis par « vacuité ». La meilleure définition est, à mon avis, « interdépendance », ce qui signifie que toute chose dépend des autres pour exister. [...] Tout est par nature interdépendant et donc vide d'existence propre.

La vacuité ne vide pas les choses de leur contenu, elle est leur véritable nature (Philippe Cornu, citant le philosophe madhyamika qu'est Nāgārjuna, Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, 2001, Seuil).

Il ne s'agit donc pas de nihilisme. Selon la thèse de la vacuité, les phénomènes se définissent non pas par une "nature propre", une chose en soi qui leur appartiendrait en propre, mais uniquement par l'ensemble des rapports qu'ils ont entre eux.

Parler d'un phénomène X n'est donc l'effet que d'une convention de langage ; bien que notre esprit ne puisse se passer d'une telle convention, X n'a pas d'être propre, son existence dépend d'autres phénomènes Y, Z, etc. Selon Francisco Varela : il n’y a rien à saisir qui ferait des personnes et des phénomènes ce qu’ils sont[1].

Cependant, il serait erroné de ramener exclusivement la vacuité bouddhique à l'idée d'interdépendance ou de relativité : la vacuité n'est pas un concept qui relève seulement de la pensée discursive, elle est destinée d'abord à ouvrir l'intuition métaphysique (prajñā) du pratiquant.

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Il s'agit de comprendre qu'il y a une différence fondamentale entre la façon dont nous percevons le monde (y compris nous) et la réalité de ce monde : le "réalisme naïf", qui voit le monde comme peuplé d'entités autonomes, séparées et durables, objectivement existantes, est une erreur métaphysique que la prajñā, à mesure qu'elle se développe, permet de dissiper, par la vue directe de śūnyatā (au moyen par exemple de vipassana bhavana).

C'est une perception directe, non duale et non-intellectuelle, de la nature des phénomènes : La vacuité n'est ni le néant ni un espace vide distinct des phénomènes ou extérieur à eux. C'est la nature même des phénomènes. Et c'est pour cela qu'un texte fondamental du bouddhisme, le Soûtra du Cœur, dit : "La vacuité est forme et la forme est vacuité". D'un point de vue absolu, le monde n'a pas d'existence réelle ou concrète. Donc, l'aspect relatif, c'est le monde phénoménal, et l'aspect absolu, c'est la vacuité. (...)

Pour une autre école bouddhiste, l'école idéaliste du Cittamātra, la vacuité correspond à l'absence de dualité entre sujet et objet, cette dualité n'étant qu'une construction conceptuelle (parikalpita), les phénomènes n'ayant ni caractéristique inhérente (lakṣana-nihsvabhavata), ni production inhérente (utpatti-nihsvabhavata), ni caractère ultime inhérent (paramārtha-nihsvabhavata).

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Dans le Bouddhisme theravāda : La vacuité, traduction de suññata, enseigne que toutes les sensations, perceptions, la conscience sont dépourvues d'une personnalité (anātman) et dépourvues de permanence (anitya). Le terme de vacuité est traité dans plusieurs suttas, en tant que * Qualité, caractéristique des choses ;

La vacuité, dans le théravāda, renvoie donc aux trois caractéristiques. Elle correspond aussi à la voie moyenne bouddhique qui se place à distance des deux extrêmes que sont l'éternalisme et le nihilisme. Ajahn Brahm donne la comparaison du point mathématique : Un point n'a pas de taille : il est plus petit que tout ce qui est mesurable, et pourtant il est plus grand que rien du tout. Dans un sens, on ne peut dire qu'il existe, car il ne persiste pas, il n'est pas continu dans l'espace. Mais on ne peut dire qu'il n'existe pas, puisqu'il diffère clairement du "rien". Il est semblable à la nature instantanée de l'expérience consciente.

Rien n'est permanent, donc ce n'est pas quelque chose, mais quelque chose se produit, donc ce n'est pas rien[2]. Le thème de la vacuité apparaît dans le Suñña Sutta du Canon pâli : « Étant donné qu'il est dépourvu d'un soi ou de quoi que ce soit appartenant à un soi, on dit dans ce sens que le monde est vide ». Le Cula-suññata Sutta y voit un objet de méditation : « Vous devez vous entraîner en disant : Entrant dans cette vacuité qui est complètement pure, incomparable et suprême, j'y demeure. »

La vacuité fait également partie des trois samadhis, ou portes du nirvāna : vacuité, « sans-signe » (animitta), « sans préhension » (apranihita).

Dans le bouddhisme mahâyâna. La vacuité est l'objet de la Prajñaparamita, la Perfection de la Sagesse, groupe de sûtras du Mahâyâna portant sur la sagesse transcendante, centrée autour de la vacuité.

Voir les nombreux enseignements de Sa Sainteté le Dalaï Lama, comme Se voir tel qu'on est, ou Cent Éléphants sur un brin d'herbe, entre autres. Quatre vacuités

1. Bhāva-śūnyatā : vacuité des choses substantielles

2. Abhāva-śūnyatā : vacuité des non-choses : l'espace, le nirvāna

3. Prakrti-śūnyatā : vacuité de la nature inhérente

4. Parabhāva-śūnyatā : vacuité autre, soit le caractère transcendant des phénomènes.

L'anagārika Prajñānanda indique deux sens possibles pour la vacuité, exprimés par exemple dans des écrits tels que le Sūtra du Cœur :

D'une part, la qualité phénoménale dénotant la non-essence des phénomènes ; mieux que par vacuité, elle pourrait se traduire par « bulléité ». Les phénomènes sont comparables à des bulles qui naissent, gonflent, se dégonflent ou crèvent. Chaque bulle est « vide » mais « telle ».

La deuxième signification est ce que l'on pourrait appeler « vacuité absolue », par exemple: śūnyatāyam na rūpam, na vedanā, na samjñā, na samskāra, na vijñānam (« dans la vacuité, il n’y a ni forme, ni sensation, ni notion, ni facteur d’existence ni connaissance discriminative »). La négation est totale. (Bouddhisme gnostique, 1981) Par « négation totale », la Voie médiane ne nie pas l'existence des phénomènes ou leur existence relative, illusoire, mais par contre cette négation totale nie complètement toute nature propre ou intrinsèque des phénomènes. On pourrait dire qu'il y a de l'existence, mais pas d'essence. Les phénomènes ne sont pas niés, ce qui est nié est leur essence que nous concevons à tort et de manière innée comme intrinsèque ou indépendante. Et comme c'est l'existence indépendante des phénomènes qui est niée, leur existence dépendante ou purement nominale (tib. tokpai tak tsam) est affirmée. C'est pourquoi les deux types de vacuités exprimés par l'anagārika Prajñānanda sont unis en un seul par les tenants du Prasangika exégètes des Prajñāpāramitā Sūtras. La distinction entre « vacuité relative » et « vacuité absolue » rejoint la distinction établie par Nagarjuna entre vérité conventionnelle et vérité absolue, distinction qui est elle-même conventionnelle.

Plutôt que de parler de deux types de vacuités, on parlera de deux types de vérités : La première est la vérité absolue, la seconde celle de l'apparence.

Tous les phénomènes sont semblables à un arc-en-ciel : exempts de toute réalité tangible. Une fois réalisée la vraie nature du réel, qui est d'être vide et pourtant de se manifester sous la forme du monde des phénomènes, l'esprit se libère de l'emprise de l'illusion. Quand vous saurez laisser vos pensées se dissoudre par elles-mêmes à mesure qu'elles surgissent, elles traverseront votre esprit de la même façon qu'un oiseau parcourt le ciel : sans laisser de trace. (Dilgo Khyentse Rinpoché)

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Certaines écoles hindoues y font aussi référence. Le shivaïsme du Cachemire a particulièrement développé cette notion. Par exemple, le Vijñāna Bhairava Tantra affirme :

Tout cet univers est privé de réalité à l’image d’un spectacle fictif. Quelle est la réalité d’un tel spectacle ? Si l’on est fermement convaincu de cette vérité, on acquiert la paix. Comment y aurait-il connaissance ou activité pour un Soi affranchi de toute modalité ? Les objets externes dépendent de la connaissance et partant de là, ce monde est vide. (traduction Lilian Silburn)

Cependant, la définition utilisée varie entre les deux mouvements : tandis que les bouddhistes considèrent la vacuité comme étant la véritable nature des choses, le shivaïsme du Cachemire la considère comme un moyen de développement spirituel. Bien que les termes soient semblables, ils ne recouvrent pas les mêmes concepts. En effet, ce qui est nommé "vacuité" n'est pas forcément cette négation non-affirmative (prasajya-pratiseddha) ou cette vacuité de soi (skt. svabhava-shunyata) dont parle le bouddhisme avec surtout sa philosophie conséquentialiste de la Voie Médiane (Prasangika-Madhyamika)[5].

Notre esprit de saisie du soi projette fallacieusement l'existence inhérente sur les phénomènes. Tous les phénomènes apparaissent naturellement à notre esprit comme existant de façon inhérente, et ne réalisant pas que cette apparence est fallacieuse, nous y croyons instinctivement et croyons que les phénomènes existent de façon inhérente, ou vraiment. C'est la raison fondamentale pour laquelle nous sommes dans le samsara. (Guéshé Kelsang Gyatso, Introduction au bouddhisme, 2003) *

Pour le Madhyamaka, la raison et le langage ne s’appliquent qu’au monde fini. Transférer des catégories finies au monde infini serait comme tenter de mesurer la chaleur du soleil avec un thermomètre ordinaire. De notre point de vue, l’absolu n’est rien. On l’appelle sûnyam, car aucune catégorie liée aux conditions du monde n’est adéquate pour le décrire. L’appeler « être » est une erreur, car seules des choses concrètes existent. L’appeler « non-être » est également une erreur. Il vaut mieux éviter toute description.

La pensée fonctionne de manière dualiste, et ce qui est, est non-dual (advaita). (Sarvepalli Radhakrishnan, Indian Philosophy, 1923) * Mais nous n'accepterions pas une vérité aussi simple.

En d'autres termes, il nous faut apprendre à désapprendre. L'ensemble du processus consiste à défaire l'ego. On commence par apprendre à traiter les pensées névrotiques et les émotions. Puis, les concepts erronés sont balayés par la compréhension de la vacuité, de l'ouverture.

C'est l'expérience de śūnyatā. (Chogyam Trungpa, Pratique de la voie tibétaine - Au-delà du matérialisme spirituel)

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